Édition publiée le Vendredi 20 Février 2026
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L’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC) repose sur une inlassable quête de pertinence appliquée à nos activités productives – quelles qu’elles soient.
Questionner l’utilité de ce que nous produisons et les bonnes conditions à réunir pour rendre des services réellement pertinents par notre travail – en voilà une synthèse.
L’échelle de nos modèles économiques est une échelle particulièrement adaptée pour atteindre les enjeux de sobriété. Faire mieux avec moins. C’est ce que nous vous proposons de mettre en discussion Jeudi 26 Mars de 13h à 14h par visioconférence – à l’occasion du prochain atelier mensuel du Club Noé. Infos et inscription par ce lien !
Lors des Universités de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC) 2023 à Sotteville-lès-Rouen, j’ai eu la chance d’animer un atelier avec pour intervenant Arnaud Crétot, un boulanger solaire. Je ne veux pas dire par là que Mr Crétot m’a donné l’impression d’être quelqu’un d’extraordinairement souriant au point de le qualifié de boulanger solaire. Au-delà sa réelle sympathie, c’est sa boulangerie en Normandie qui se distingue par l’usage de l’énergie solaire – entre bien d’autres aspects.
Une boulangerie solaire très bien mais en Normandie le soleil n’est pas rayonnant toute l’année ! Travailler avec le soleil n’a pas été sans bouleversement du modèle classique de la boulangerie. Le pain est cuit en priorité au solaire et dans le four à bois lorsque la météo n’est pas suffisamment ensoleillée. Par ailleurs, la boulangerie ne s’est pas engagée à produire chaque jours une gamme mirobolante de pains et de sucreries on ne peut plus périssables. Son activité boulangerie se centre sur la production de pains au levain qui se conservent de 7 à 10 jours. Pas besoin qu’il fasse toujours beau pour manger du pain solaire. Arnaud affirme que les clients – à savoir une centaine de familles par journée de pain – ne mangent pour la plupart que son pain. Qui plus est d’une qualité et d’un intérêt nutritionnel on ne peut plus intéressant.
Une boulangerie solaire d’accord, mais comment financer une boutique avec quelques pains au levain ! Ce que veulent les gens : c’est du pain. Pas une boutique. Du moins pas principalement – pas essentiellement. Pour élaborer un modèle économique viable qui permette de profiter au mieux de la ressource solaire, il lui a fallu renoncer – positivement. Il y a deux points de vente auto-gérés par une boîte à « sous » à disposition. Du pain est également livré à des magasins de ferme qui offrent une autre perspective de distribution. Tous ces pains sont livrés à vélo dans un rayon acceptable pour les mollets d’Arnaud. Tous les pains sont commandés à l’avance – jamais de perte ou de surproduction. Créer une boulangerie standard est un tout autre défi. Les outils nécessaires à la transformation du pain d’Arnaud sont très limités. Sans compter mon local de vingt m², l’ensemble de mes investissements ne dépassent pas 40 000 euros de matériel au prix du neuf, contre environ 200 000 à 250 000 euros d’investissement pour une boulangerie de quartier classique. Pas le même modèle – pas les mêmes problèmes. Cerise sur le pain au levain – il n’y a évidemment pas de travail de nuit dans une boulangerie solaire. Une autre organisation – de nouvelles pratiques. Avec un tel pain de conservation, il n’est pas nécessaire d’avoir du pain du jour pour le petit déjeuner. Son pain est d’ailleurs plus digeste le lendemain de sa cuisson. Déconstruire la logique classique de production et de consommation du pain est un exercice qui a particulièrement stimulé Arnaud – mais cette chronique n’a pas vocation de tirer trop loin les files de son expérience entrepreneuriale.
Arnaud Crétot a dû expérimenter – s’adapter – innover – renoncer aux standards mais surtout aux pseudo-problèmes. Une manière empruntée à la philosophie de qualifier ces contraintes qu’il s’agit de déconstruire intelligemment – intuitivement. Comme un sculpteur devant son bloc de pierre, Arnaud s’applique à marteler ce qui n’est pas nécessaire. Il allège son projet de la complexité superflue. Pas de sodas à disposition dans un frigo publicitaire à côté de la caisse. Juste du bon pain – qui se conserve.
Arnaud est un véritable ingénieur artisan depuis un peu moins d’une dizaine d’années. NeoLoco est la première activité de boulangerie et de torréfaction solaire d’Europe. Oui – quitte à mettre en place un four solaire, pourquoi ne pas torréfier ? Ses expérimentations l’ont guidé vers l’élaboration d’alternatives au café – pour éviter que votre tasse du matin ait dû traverser la planète – à base de graines locales validées par 68 % de personnes amatrices de café. Ce qui est déjà une grande réussite culturelle pour du café de pois chiches ou de lentilles torréfiés. Une manière supplémentaire de valoriser son savoir-faire et d’assurer la rentabilité de son activité en distinguant ses sources de revenues entre produits périssables (le pain) et produits de conservation (la torréfaction).
La trajectoire entrepreneuriale d’Arnaud est un miroir qui reflète au Club Noé de nombreux enjeux que nous travaillons au quotidien avec nos adhérents. Une phrase de Sandro De Gasparo (ergonome du laboratoire ATEMIS) avait notamment marqué les esprits des participants de notre dispositif EFC de professionnalisation pour commerciaux : le problème c’est la solution.
Le problème c’est que je n’arrive pas à valoriser mon travail par un devis chiffré. La valeur de mon travail n’est pas mesurable ! Le problème c’est la solution. Valoriser notre travail par d’autres logiques de convention qu’un devis chiffré est souvent nécessaire. S’il y a souvent des pseudo-problèmes – il y a toujours d’autres solutions. D’autres modes d’organisation et de production sont possibles. Osons déconstruire nos conventions et ces réflexes que nous pourrions penser indépassables.
Pertinence nous oblige, n’hésitez pas à vous procurer et à partager le livre qu’a publié Arnaud Crétot aux éditions Terre Vivante sur la création et le fonctionnement de sa boulangerie solaire. Une source d’inspiration pour entreprendre – autrement.
Maxime – animateur du Club Noé
Le réseau des organisations en trajectoire EFC est un espace d’entraide initié par l’IEEFC (l’Institut Européen de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération) et des Clubs EFC en France. À destination des dirigeants, des directeurs ou pilotes RSE des organisations en trajectoire vers de nouveaux modèles économiques avec l’EFC, ces temps d’échanges précieux sont animés tous les mois – généralement aux temps du midi. Prochaine rencontre le Jeudi 19 Mars par visioconférence.
Toutes les infos complémentaires – les prochaines dates – horaires et espace d’inscription à la dynamique par ce lien.
Au catalogue du Centre National De La Fonction Publique Territoriale (CNFPT) est proposé une formation de quatre jours à Lille pour permettre aux professionnels du secteur public de s’approprier la logique des nouveaux modèles économiques. Une formule revisitée par le CERDD avec le Club Noé et l’APES – avec cette année davantage de mises en pratique et une visite de terrain. Les deux premières journées des 4 et 5 Février ont été particulièrement remuantes ! La force de ce format repose notamment sur la grande diversité de territoires différents représentés dans la promotion – partout en Hauts-de-France et jusqu’en Normandie – mais aussi par la diversité des postes occupés par ces divers acteurs du secteur public. Un dispositif précieux !
Le Mardi 27 Janvier dernier, notre habituelle journée d’initiation s’est déroulée pour la première fois au sein de la coopérative CoopConnexion à Lens. Les 8 participants ont vécu une véritable journée de déformation. Déconstruire les impasses de l’économie classique, questionner la pertinence de leurs modes d’organisation, zoomer et dézoomer sur leur travail avec le prisme de l’EFC – tout un programme. Une journée de formation n’est d’ailleurs pas réellement suffisante pour instruire dans le temps les réflexions engagées. Des réflexions collectives – puisqu’il a été proposé aux acteurs présents de donner suite à cette journée par l’initiation d’une véritable dynamique de groupe de travail territorialisée sur le bassin minier. Affaire à suivre !
Ce 5 février, le Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) organisait un colloque sur le financement de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC).
En voici la retranscription vidéo – pour ceux qui n’auront pas 3 heures et 24 minutes devant eux, nous saluons particulièrement l’intervention de notre adhérent historique Thomas Lethiers à 1h21′ et les apprentissages de son dernier contrôle fiscal à 1h33,25′ de visionnage.
L’analyse des statistiques de fréquentation de notre site internet nous laisse entendre que nous sommes lus. Certains de vos retours directs sur ce format et ses contenus nous confortent à l’idée que le principe du Journal de Noé est pertinent et utile.
Comme une promesse et un engagement, nous souhaitions conclure cette première édition de l’année 2026 en vous partageant les nouvelles exigences avec lesquelles nous travaillerons sur ce format à partir du mois prochain. Une régularité assumée – un rendez-vous fidèle – le Journal de Noé sera publié à chaque dernier Vendredi de chaque mois. Plus de travail accordé à cette idée de vous partager des contenus stimulants. Plus de contenus. Plus de soin à cette nécessité de rendre compte de la vie associative du Club Noé et du travail quotidien des salariés et adhérents engagés – pour maintenir une certaine proximité avec vous.
Indice sur la Une de la prochaine édition – nous vous parlerons en détails d’un dispositif d’accompagnement qui se déploie à l’échelle nationale avec notre partenaire le CJD : le Parcours Galilée !