Organisation industrielle du Travail.

Cas de l'installation de la Fibre internet.

J’ai la fibre.

Pour avoir la fibre – pour assurer ma connexion – il m’a fallu me confronter à la logique industrielle.

Inévitablement, malgré la lutte que je livre depuis ma prise de poste au Club Noé, elle sévit dans les moindres détails de mon quotidien. Difficile d’échapper à cette sournoise.

Un rendez-vous a été coopté avec des techniciens de l’opérateur pour lequel j’ai souscrit. La veille, l’un d’eux me contacte par téléphone pour me confier qu’il ne passera pas. Que ce n’est pas possible de tirer les câbles.

J’attends plus d’un mois avant qu’un prestataire – on ne peut plus externe à l’opérateur en question – me joigne. Dans les jours qui suivent, lui et son collègue interviennent. Ils comprennent et m’exposent qu’il n’y a pas de problème particulier pour tirer les câbles, mais une question de temporalité. L’agencement de mon bâtiment implique une intervention de toute une demi-journée.

Les techniciens de l’opérateur qui ont préféré se décharger de ma patate chaude sont eux soumis à des objectifs de nombre d’interventions. C’est ce que m’explique les deux prestataires.

Devant la complexité relative de mon raccordement, ils n’y ont pas trouvé leur compte. Si l’intervention nécessite 30 minutes de travail sur place ou 3 heures, cela ne change rien à leur rémunération ou aux objectifs quantitatifs à remplir dans leur organisation. Les critères d’évaluation du travail ont des répercutions – partout – tout le temps.

Les prestataires à mon secours ne sont pas autant soumis à la mesure. Ils ont une mission évaluée autrement. Ils doivent rendre des comptes sur le fait de débloquer ma situation. Ils prennent en photo les preuves de leur travail, de la créativité et de l’ingéniosité qu’ils ont dû engager pour tirer ces câbles.

Je n’ai pas encore la fibre.

J’écris cette chronique pendant un entre-deux. Les prestataires m’ont assuré qu’ils auraient pu finir de me raccorder à internet suite à leur intervention, mais qu’ils n’ont pas le droit.

Je comprends que la logique industrielle n’a pas dit son dernier mot. Contractuellement, les techniciens de l’opérateur se sont réservés le droit d’être les seuls à pouvoir réaliser la dernière toute petite manipulation. Le plus gros étant fait, pourquoi ne pas flécher une intervention supplémentaire – superflue – venir mettre la cerise sur le gâteau – pour gonfler leurs chiffres ?

Je n’en veux pas aux techniciens. Du moins je ne crois pas. Je ne peux tout savoir de leurs contraintes et de leur travail. En creusant cette situation, j’ai cru comprendre que c’est aussi une mesure de précaution qui est prise par l’opérateur. Certains prestataires externes débranchent parfois les câbles du voisinages pour installer les leurs – si la place manque et qu’il faille jouer des coudes.

J’en veux à cette mécanique impertinente qui pollue nos rapports économiques et sociaux, qui produit plus de non-dits que de confiance. Il y a eu pas moins de trois déplacements significatifs de gros véhicules de chantier polluants. Il y a eu de la tension entre des Hommes, des rapports de force, de l’inutilité. Il y aurait pu avoir du bon sens – d’autres modèles économiques.

Maxime – animateur du Club Noé

L’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC) vient remettre en question nos modes d’organisation. Pas simplement par esprit de contradiction, mais parce que notre Travail et nos modes de consommation – y compris nos propres comportements – sont conditionnés par les modèles économiques dans lesquels nous sommes enfermés.

Le cas de l’installation de la fibre est une situation précise. Mais les mêmes logiques sévices dans l’ensemble des secteurs d’activités. Du commercial qui pousse à la surconsommation pour atteindre des objectifs volumiques et assurer sa prime de performance. Du chauffagiste embarqué dans des formes d’obsolescence programmée – parce qu’il marge d’avantage sur le remplacement de votre chaudière plutôt que sa maintenance. La logique industrielle (ou de marchandisation) est omniprésence.

L’EFC offre un cadre de réflexion pour y échapper – à vous de nous rejoindre !