Réflexivité :

De quoi parle-t-on ? Y a t-il une recette ?

L’idée est de partir collectivement d’une situation, de prendre un temps d’analyse sur celle-ci. Prenons par exemple la situation de l’entreprise Flex’ink, cette imprimerie engagée dans l'EFC, accompagnée par le Club Noé, qui accompagne ses clients à imprimer de manière plus pertinente, avec pour logique de se rémunérer sur les économies d'impression qu'elle permet. Imaginons qu'elle a pu réunir autour d’une table un ancien client, dirigeant de l’entreprise Z ayant passé une commande de 3000 plaquettes commerciales il y a un an, mais aussi les commerciaux des deux parties (ceux de l’entreprise Z et ceux de l’imprimerie). Mélanger le tout, sans oublier de placer un animateur extérieur à l’expérience qui devra structurer les échanges, « cuisiner » les uns comme les autres pour faire ressortir les expressions de chacun et assurer les conditions du dialogue.

Temps 1 :

Prenez un temps collectif pour évaluer les effets qui ont été produit par cette situation de travail. Tant positivement, comme la satisfaction du prix par unité de document, dû à la commande d’une très grosse quantité de plaquettes. Mais aussi négativement, comme le fait qu’à peine la moitié des documents ont été distribués et que le reste est parti à la poubelle.

Mettez-vous d’accord sur ce qui a été produit collectivement et individuellement, sur ce que ça à demander comme travail, ce qui a pu compliquer les choses ou les faciliter. De la sorte on comprend que le fait d’imprimer des grosses quantités à l’avance n’est pas pertinent au regard d’une campagne de distribution qui va durer dans le temps. Ce face aux risques d’épuisement de la plaquette pour les commerciaux, qui lors de ce premier temps réflexif révéleront que le contenu de la plaquette n’est plus pertinent étant donné les évolution de leurs offres, ou qu’ils s’en sont tout simplement lassés. On comprendra également que le client n’avait pas acheté cette grande quantité d’impression parce qu’il en avait besoin, mais parce qu’on l’avait poussé à le faire par l’attrait d’un coût unitaire réduit sur la commande d’un gros volume.

Temps 2 :

Dans un second temps, une fois que l’analyse de cette situation a pu aboutir, l’enjeu est de favoriser une démarche de professionnalisation. En revenant sur ce que l’on a pu comprendre de ce que le travail et son organisation produisent réellement et ce que cela demande, on arrive à en dégager un certain nombre de règles professionnelles, comme la nécessité pour l’imprimeur de devoir questionner la quantité réellement nécessaire lors d’une prochaine commande. Mais aussi de formaliser un mode d’organisation qui serait plus favorable pour rendre son offre plus pertinente, comme la vente de documents imprimables et non plus imprimés, par le biais d’une plateforme où l’on achète des crédit d’impression où l’on va pouvoir modifier son document dans le temps et l’imprimer en petite quantité, aux moments où l’on en a vraiment besoin (salon, semaine de rendez-vous commercial…).

Temps 3 :

Du coup, on s’organise différemment, on se remobilise, autrement. L’imprimeur devient accompagnateur de projet d’impression, ce qui est du coup liés au troisième enjeux de la réflexivité, qui est l’innovation. Car après avoir fait l’exercice du poulet rôti, on n’agira pas de la même manière si l’on capitalise et tire les leçons de ce processus de remise en question.

Le but n’est pas en soi de faire de la réflexivité mais d’adopter un mode d’organisation réflexif. Ce n’est même pas quelque chose qui doit être ponctuel, au risque que le poulet rôti se transforme en bocal du poisson rouge, mais quelque chose structurel dans votre organisation. Dans la doctrine de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération, on estime que ça doit être à peut prêt 20% du temps de travail qui doit être consacré à la réflexivité, en interne comme en externe, avec les clients, les partenaires.

 

C’est aussi là l’intérêt des clubs de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération, qui à la fois sont garants de la coopération, peuvent jouer le rôle d’animateur de séances de réflexivité au sein des entreprises, mais qui surtout, impulsent des espaces de travail réflexifs rassemblant dirigeants, collectivités, consultants et chercheurs, regroupés par sphère fonctionnelle (Habiter, Manger …) ou par territoire. Au travers de ces groupes de travail, ces acteurs économiques pensent collectivement des solutions communes face aux effets utiles qui les rassemblent et où ils semblent complémentaires.